Bouet Olivier, Del André

MIFAO

L'église de l'Archange-Michel dans le monastère Copte de Baouit

Reanissance_italienne_et_architecture_du

De par leurs métiers, l’archéologue fouille, observe, élabore des hypothèses, établit des comparaisons, l’architecte projette, définit des systèmes constructifs : tous deux oeuvrent dans un cadre commun constitué des éléments de l’histoire des styles, des lieux et des usages. L’église nord de Baouît est l’un des exemples de la convergence de ces deux métiers 1. La somme des données récoltées lors des fouilles du début du xxe siècle et des années 2003 à 2007 (les mesures et dimensions des éléments trouvés mais aussi les collections d’images photographiques) ont permis de donner corps à un cadre commun de recherche entre l’équipe des archéologues du musée du Louvre d’une part, et les étudiants de Master 2, leurs enseignants et des chercheurs du laboratoire EVCAU (Espace virtuel de conception architecturale et urbaine) de l’École nationale supérieure d’architecture Paris-Val de Seine d’autre part .

Lors de cette recherche il s’est agi de proposer aux étudiants en architecture un travail sur la modélisation de l’église en deux temps : d’abord créer un modèle de l’existant, autrement dit de l’état archéologique de l’église, étape indispensable pour élaborer, dans un second temps, un modèle selon lequel l’église pouvait être restituée. Ce second volet devait poser une question d’architecture restée sans réponse : comment les coptes du viiie au xie siècle couvraient-ils leurs églises ? Il devait également permettre de proposer une restitution de la décoration du bâtiment, avec ses peintures, ses sculptures et ses boiseries.

L’apport des techniques numériques s’est dès le départ imposé ; l’impossibilité d’une anastylose matérielle laisse place au recours à une anastylose virtuelle réalisée par l’utilisation de modèles numériques en trois dimensions 3. La modélisation 3D de l’église est basée sur le plan au format DWG du relevé détaillé de l’église nord dégagée pendant les campagnes 2003, 2004 et 2005 (architectes R.W. Boutros et B. Maurice). Les di-mensions des colonnes, murs, niches, la plupart des dalles et éléments décoratifs y sont portées. Les hauteurs utilisées sont celles des relevés des éléments encore existants durant ces campagnes. Elles ont permis, par comparaison avec les photographies prises durant les campagnes de J. Clédat, É. Chassinat et C. Palanque, de préciser les hauteurs des éléments architecturaux trouvés au début du xxe siècle. Les dimensions des fûts, brisés mais complets, de deux des colonnes ont permis de préciser la hauteur de l’église. Les dimensions d’éléments architecturaux ou décoratifs exposés au musée du Louvre (salle de Baouît) ont aussi servi.

Une fois établis, ces modèles numériques facilitent la possibilité de varier les hypothèses, permettent la flexibilité des assemblages proposés et sont le support du travail collectif, de la confrontation d’idées et des échanges.

Ainsi, grâce à la capacité des architectes à proposer des hypothèses puisées dans l’histoire des styles, un travail significatif a été fait sur la couverture de l’église et la définition de structures architecturales constructibles, physiquement stables, cohérentes avec les vestiges et avec les parallèles relevés, et sur les évolutions possibles de cette couverture 4. La recomposition d’une niche sculptée et sa mise en place dans la maquette de l’église ont démontré l’utilité de la méthode dans le cas d’éléments dispersés en trois lieux 5. L’anastylose numérique la plus étroitement liée aux observations et découvertes lors des différentes fouilles est celle qui a conduit à la reconstitution de la chaire, pour laquelle les étudiants ont dû réaliser leur maquette numérique sous des contraintes géométriques propres.

Ce type de coopération permet de former des architectes ayant la capacité d’établir une lecture critique et analytique d’un environnement spécifique. Le fruit de la formation fut la découverte des problématiques liées au patrimoine architectural et archéologique, l’étude de sources documentaires variées, l’apprentissage des méthodes de travail des archéologues et historiens, l’élaboration d’hypothèses et la recherche de solutions cohérentes. Pour les archéologues, les simulations numériques constituées ont permis de vérifier la cohérence des éléments relevés ainsi que de valider, en termes structurels, les hypothèses de couverture. Les modèles numériques ainsi constitués ont également été utilisés comme source d’environnement d’une communication publique multimédia et de visites virtuelles.